Automassage Do-In / 1

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Pendant l’automassage, notre intention peut être par exemple de laisser se diffuser dans tout le corps, la chaleur qui nait dans les parties massées au contact des mains. La diffusion de cette chaleur est alors un facteur d’harmonisation, d’unité du corps. Dans la conscience corporelle, les parties massées sont tour à tour réintégrées comme parties du tout.

Avant de tenter de décrire ce que serait l’auto massage « juste », voici pêle-mêle quelques uns des travers que la pratique a pu m'enseigner au fil du temps :

Avoir les doigts, les mains tendus pendant l’automassage.

M’absenter du geste en me laissant entrainer par le déroulement des pensées.

M’attarder plus que nécessaire sur une partie du corps qui attire mon attention plus que d’autres et se manifeste par la présence d’un symptôme « x ».

Rechercher à renouveler le plaisir ou des sensations déjà expérimentées.

Vouloir changer un état de choses décrété ou vécu comme insatisfaisant

au niveau, physique, émotionnel ou psychologique.

Agir en me focalisant sur les effets présumés et attendus de tel ou tel geste.

Masser l’image que j’ai, ou même l’idée que je me fais d’une partie du corps, plutôt que d’en masser la réalité. C'est-à-dire masser comme si mes mains ne savaient ni écouter ni entendre ce qu’elles touchent. Comme si les doigts étaient non seulement aveugles mais aussi sourds à la réalité.

Masser du bout des doigts plutôt qu’avec le corps tout entier, depuis le Hara.

Être retenue dans une conscience superficielle du mouvement, focalisée sur l’effort musculaire et le contact des mains sur les vêtements.

Me décourager et abandonner la pratique pour un temps « x ».

M’astreindre à une discipline trop rigoureuse dans la pratique.

Faire de la pratique une béquille supplémentaire pour traverser le quotidien et ses difficultés.

Dissocier le geste, la respiration et la perception tactile plutôt que de les laisser se mêler, se fondre intimement comme le font les eaux de  rivières qui se rencontrent.

Cantonner le geste à un contact de surface, effectué sur l’extérieur du corps.

 

La liste est déjà longue, rions ensemble ! Elle présente l’avantage de nous indiquer au moins en creux, comme un négatif, ce que pourrait être un auto massage « juste ». Remarquons que les éléments cités ont un rapport, parfois direct de cause à effet les uns avec les autres.

Quelques cadeaux quand même ? Oui heureusement ! Nombreux et inoubliables grâce à leur inscription dans la conscience corporelle. De quoi se régaler, sans fin !

Etre en mesure de repérer les travers listés ci-dessus, aussi souvent qu’ils sont à l’œuvre.

Ressentir le plaisir de vivre de nombreux moments, même éphémères parfois où je me suis sentie une, connectée, confiante, solide, libérée, joyeuse, optimiste, autonome, participante, créative, disponible, ouverte, calme, silencieuse, apaisée, comblée …

La conscience de pouvoir compter sur quelques gestes simples pour m’être utile à moi-même … dans les moments difficiles, pour traverser le doute ou l’ennui passager.

Grandir dans la connaissance de mon corps de l’intérieur.

Affiner mes perceptions et les utiliser au mieux dans la pratique du Shiatsu.

Je vais maintenant essayer de préciser quelques uns des éléments qui font de l’auto massage une pratique juste.

 

L’état d’esprit spécifique avec lequel il est exécuté, rend le toucher « auto massage » unique, donc jamais source d’ennui, même dans la répétition d’une pratique quotidienne.

 

Nous utilisons le sens du Toucher en maintenant un état de relaxation optimum des muscles et articulations de l’ensemble du corps massé et/ou massant. L’état de relaxation optimum varie d’un jour à l’autre : il n’y a pas une échelle définitive graduée de repères à laquelle nous devrions nous conformer à chaque auto massage. Nous ne chercherons donc pas à reproduire, ni à retrouver un état car ce serait une forme de recherche d’idéal, qui par nature n’existe pas et dont la recherche nous ferait tout simplement passer à côté de la réalité du moment.

 

Nous effectuons chaque geste avec l’intention d’ouvrir chaque espace massé afin que l’énergie y circule librement, que la chaleur diffuse dans tout le corps.

 

Nous maintenons une attention constante et dépourvue de tension tout au long du massage, plutôt que de nous disperser dans le flot incessant et désordonné des pensées dont le déroulement continue naturellement sa course « comme d’habitude ».

 

Quand l’énergie circule librement dans un espace précédemment « fermé » à son passage, la première impression ressentie peut être celle d’un relâchement, d’une détente, d’un soulagement qui peut s’exprimer par un soupir, un sourire, une meilleure acuité visuelle …

L’on peut sentir des fourmillements, de la chaleur, ou toute autre sensation passagère indiquant que quelque chose s’est modifié.

 

De toute manière peu importe. Evitons de nous attacher aux pensées qui passent, ainsi qu’aux effets passagers de l’auto massage. Soyons ouverts aux sensations, goûtons-les et nous poursuivons notre « voyage » sans nous appesantir, sans manifester d’intérêt particulier. Restons centrés dans le geste.

 

La source de chacun de nos gestes est dans le centre vital de l’abdomen, dans la profondeur de la partie du ventre située sous le nombril : on l’appelle Hara en japonais, Dan Tian en chinois. Cet « espace » correspond aussi au 2° Chakra décrit par les indiens.

Nous laissons donc nos gestes se faire grâce au Hara et non pas grâce à la force musculaire aussi légère puisse-t-elle être.

 

Les gestes s’enchainent avec fluidité, régularité, à un rythme égal tout au long du massage.

La médecine chinoise est une approche de la globalité qui permet de réintégrer chaque partie dans le tout. Nous accordons une importance égale à chaque partie du tout, sans ignorer telle partie du corps ni insister sur telle autre. Les capacités de rééquilibrage du corps, de sa circulation énergétique sont ainsi sollicitées et peuvent jouer leur rôle salutaire au mieux.

 

Le rééquilibrage est un résultat qui ne se décrète pas, il ne dépend pas de notre volonté : nous pouvons simplement créer les conditions qui en favorisent la possibilité. C’est-à dire par exemple pratiquer l’auto massage, en veillant à respecter quelques critères élémentaires, dont ceux indiqués plus haut.

 

Concrètement la présence d’une trop grande volonté consciente dans le geste ne le rend pas plus efficace. Savoir que tel geste est bénéfique au fonctionnement de tel organe est une donnée intéressante pour le mental, l’intellect. Ce savoir reste néanmoins impuissant par lui-même pour rendre notre geste efficace. Le savoir intellectuel n’est que l’une des données de la conscience, aux côtés de l’avoir, du faire et de l’être.

 

Pratiquer l’esprit détaché : faire sans faire.

L’auto massage développe notre capacité à prendre conscience de la globalité de notre corps et de son fonctionnement. Les prises de conscience et les « progrès » offerts au fil des séances nous prennent souvent par surprise, se manifestant justement là où nous ne les attendions pas. Un peu comme les pièces d’un puzzle, en création constante, qui viennent se mettre en place aussi un peu d’elles mêmes, dès lors que nous nous y intéressons et leur accordons un tant soit peu de temps et d’attention.

Les prises de conscience successives que nous faisons transforment peu à peu notre relation à nous-mêmes, aux autres, à la vie.

 

A trouver : la fusion du corps massé et du corps massant.

L’automassage a la réputation d’être moins agréable à vivre que le massage. La « difficulté » tient évidemment au fait d’être à la fois masseur et massé.

 

Lorsque je me focalise sur les sensations perçues en tant que receveur du massage, je peux facilement me perdre dans la recherche de sensations, me laisser diriger par elle et ainsi perdre le centrage nécessaire pour exécuter le massage.

A l’inverse, focalisé sur l’exécution du geste masseur, je perds le bénéfice du receveur.

Un équilibre est à trouver. Comment accueillir le massage tout en l’exécutant ?

 

En fait je me trouve devant un exercice type et très concret d’entrainement au dépassement de la dualité inhérente à la vie dans son ensemble. Rien d’étranger à la philosophie et à la médecine chinoise, berceaux du concept du Yin/Yang.

 

Muret, Février 2010

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