Automassage Do-In 3

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L’automassage a ses détracteurs, parfois vigoureux car il répondrait moins bien qu’un massage à leurs attentes en termes de bien-être ou de plaisir. Je parlerai ici spécifiquement de l’automassage tel qu’il est approché en Do-In, Art de santé japonais proche du Shiatsu.

Ce texte s’adresse à tous, curieux, novices ou avancés dans la pratique du Do-In mais tout particulièrement à ceux que je remercie chaleureusement pour m’avoir fait part de leur déplaisir, parfois avec un enthousiasme impatient et tonique. Vous m’avez permis de progresser dans la réflexion que je mène en tant que praticienne Shiatsu et de formatrice ;  je tente ici d’en partager les fruits.


L’automassage est l’une des techniques du Do-In, également constitué d’étirements, d’exercices respiratoires, d’assise silencieuse.

Le but premier du Do-In est de dynamiser la circulation de l’énergie corporelle, Qi en japonais, car lorsque le Qi stagne en quelque endroit du corps il devient nocif et contribue à l’apparition ultérieure de douleurs et symptômes les plus divers, voire à terme, de maladies.

 

Traditionnellement, les Arts de santé japonais visent au renforcement du Qi de l’organisme entier, entendez  par là, Corps et Esprit. Les différentes techniques développées de longue date au Japon sont donc plutôt vigoureuses pour réveiller et stimuler le Qi corporel ; de fait, une bonne part des automassages du Do-In, est constituée de frappes percussives, toniques et rythmées.

 

On comprendra que des stimulations superficielles ou sensuelles par le toucher, sont ici complètement hors de propos, car elles ne permettent pas de connecter le Qi ou de le mobiliser en profondeur, dans les tissus.

 

Do-In et massage ne sont en aucun point comparables, ni dans leurs indications ni dans le ressenti immédiat, qui est en Do-In d’un autre ordre que celui prodigué par le massage reçu d’un tiers.

 

Pour dynamiser précisément les Méridiens ou les Points d’Acupuncture, l’automassage se fait depuis le centre de gravité du corps situé au niveau du ventre et par lequel on peut mobiliser le poids corporel sans intervention de la force musculaire.

De plus, les différents points d’appui du corps au sol, permettent d’équilibrer le poids de manière homogène dans l’action. De cette manière, les pouces, doigts, avant-bras ou pieds pénètrent fermement et profondément les tissus sans toutefois agresser le corps ou blesser le Qi ; et sans non plus se fatiguer pendant la pratique. Dans ces conditions, le Do-In est très bénéfique pour le Corps et l’Esprit.

 

Nous le voyons, la pratique du Do-In constitue bel et bien un Art de santé auquel s’applique parfaitement l’adage bien connu, qui énonce que « c’est en forgeant que l’on devient forgeron ».

 

L’apprentissage du geste juste, connecté au Qi, demande donc bien du temps et surtout de la répétition ce qui peut sembler exigeant voire austère à celui qui vit au quotidien dans  une culture de l’immédiateté.

 

La connexion au Qi est LA condition pour agir sur sa qualité et sa circulation et donc pour préserver ou retrouver la bonne santé et l’équilibre global du Corps-Esprit. Par là, le Do-In se situe clairement dans le champ du curatif et du préventif et hors du champ du simple bien-être ou de l’hédonisme ordinaire.

 

Le concept de Qi est par définition, éloigné de la culture traditionnelle d’occident, grâce à laquelle nous avons par ailleurs une tendance certaine à mentaliser ce qui ne peut l’être, à imaginer plutôt qu’à ressentir, à vouloir plutôt qu’à lâcher-prise, à contrer plutôt qu’à accueillir, à renforcer notre égo plutôt qu’à développer l’humilité … et … désapprendre tout cela fait bel et bien partie de la pratique du Do-In, technique orientale d’automassage.

 

Un autre point très important est soulevé par la critique sur le mode :

« me préparer moi-même à donner un Shiatsu avec une séance de Do-In, d’accord … mais alors vite fait … car c’est masser l’autre qui m’intéresse… et non pas moi … ! »

 

Il faut redire que la pratique du Do-In est souveraine, non pas tant pour se mettre en condition en vue de faire un ou des Shiatsu, même si au final cela est effectivement le cas, que pour se connecter au Qi dans son propre corps, pour en éprouver la circulation et les blocages, ponctuels ou habituels chez soi.

 

On ne peut se connecter au « Qi de l’autre » sans se connecter « au sien ».

Les guillemets rappellent ici que le Qi est universel et non pas individuel, même s’il manifeste des qualités uniques à chaque instant en chacun de nous. La diversité de la vie est bien là pour le signifier.

 

Lors du Shiatsu, il importe pour le donneur qu’il puisse ressentir clairement ce qui est sien de ce qui ne l’est pas, car c’est en cela que tient la réalité de l’équilibrage énergétique. Et c’est là que la séance de Do-In préparatoire prend tout son sens, bien au-delà d’une simple mise en condition.

 

Le Shiatsu nous permet de contacter l’unité de la Vie et de communiquer avec celui qui reçoit le Shiatsu, appelé Jusha en japonais : « I Shin Den Shin », c'est-à-dire de « Cœur à Cœur », ou d’ « Âme à Âme » . Les guillemets soulignent sans la développer ici, toute l’approximation que représentent de telles traductions.

 

Le toucher du Shiatsu est donc totalement étranger au sens habituel du toucher tel que nous l’éprouvons au quotidien.

Ce dernier est un toucher caractéristique d’une conscience de surface, connectée au mental qui discrimine (c’est dur, froid, chaud, sensible, agréable ou non …).

 

Le toucher du Shiatsu est connecté à la Conscience profonde du Coeur qui nous ouvre à la dimension de l’Être. Il nous connecte au ressenti profond de l’Être en vie, au-delà du mental, de l’émotionnel, de la sensualité ou de l’affectif et nous offre la possibilité d’un partage fondamental avec nos semblables. Et le Do-In pratiqué de façon juste, nous y prépare efficacement.


Muret, Juin 2011


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