Réconciliation avec le corps / 2


Retour page précédente : cliquez ici


Le toucher profond du shiatsu crée pour la dite « rencontre avec soi », un support de première qualité. Il offre bien souvent une découverte surprenante au client (jusha) ; ne serait-ce que parce qu’il devient possible pendant la séance de shiatsu de ressentir l’unité de son corps (de la tête aux pieds), de réintégrer les différents espaces corporels en un tout cohérent et de percevoir plus clairement la relation entre le corps et l’esprit d’une part, entre le corps et l’espace qui l’environne d’autre part. Ainsi soutenu, le jusha va à la rencontre de lui-même, je devrais dire, de son Être profond, à son propre rythme. Ce processus intime vient contrebalancer l’impact des contraintes habituelles : schémas sociaux, conditionnements éducatifs ou culturels, codes publicitaires, injonctions commerciales impersonnelles…

Le shiatsu n’a rien d’une technique qui s’appliquerait mécaniquement à un objet, fut-il vivant.
Quand les présences actives du praticien émetteur et/ou du client récepteur ne sont pas pleinement engagées dans la séance, le toucher shiatsu ne produit que des effets limités dans le temps et par là, probablement décevants. Comme sur la piste de danse, une partenaire qui ne s’abandonne pas, restreint la possibilité de son guide à conduire la danse. L’inverse est d'ailleurs également vrai : le manque d’écoute du praticien, la tendance à l’excès de contrôle de son corps, de son souffle, réduisent la profondeur de son action et limitent les possibilités d’échange à un niveau profond.


Le rôle du shiatsuki est de solliciter les capacités vitales du jusha, l’intelligence corporelle de son organisme, pour permettre éventuellement l’amélioration attendue entre autres bienfaits... Mais pour recevoir le toucher à un niveau qui lui soit effectivement bénéfique, le jusha doit sortir de la position de spectateur qui serait en elle-même un frein ou un obstacle à la rencontre intérieure, plutôt qu’un atout.

En effet, l’état de présence intérieure du jusha allongé sur le futon de shiatsu détermine en bonne part le degré de sa réceptivité au toucher. Il n’a rien à faire mais il faut le faire quand même. Dans la relation qui les unit, le shiatsuki en est le pôle émetteur actif, le jusha le pôle récepteur actif lui aussi. C’est dans cette implication active des deux pôles que l’échange énergétique se crée, que le shiatsu devient danse. Plus l’échange est harmonieux et fluide pendant la séance, plus les effets sont clairement visibles et lisibles aux yeux de chacun. Cette implication active et partagée du non-faire agissant, conscient, s’entraîne et se développe de séance en séance sur la base de la confiance qui grandit et circule entre le praticien et son client. Elle produit les changements espérés et parfois aussi d’autres plus inattendus, que les personnes accueillent avec bonheur.


Le shiatsuki ne manipule pas le jusha. Tous les deux parcourent ensemble un chemin dont ils découvrent ensemble les étapes, au fil de leurs rencontres. Rien n’est planifié ni déterminé à l’avance. Le métier du shiatsuki ne consiste pas à appliquer un protocole avec plus ou moins de savoir- faire ou d’habileté. Il consiste à faciliter la rencontre du jusha avec lui-même, mais il ne peut en aucun cas la créer. Cela appartient au jusha. Au-delà de la dimension technique de son art, il appartient au shiatsuki de développer l’harmonie entre son corps et son esprit, car c’est grâce à elle que le jusha allongé sur le futon, trouvera le support nécessaire pour développer la sienne en lui-même.


                                                                                                                                                                                                                                                            Muret, le 1° Juillet 2012
Retour page précédente : cliquez ici